Presse

Haute Fréquence -2017

Un concert haut en couleurs

Un concert haut en couleurs du groupe Les Musiques à ouïr avec les textes de la grande poétesse Brigitte Fontaine. Composées d’une batterie, d’une harpe, d’un ensemble de « percutterie », d’un accordéon, d’une clarinette et d’un saxo, Les Musiques à Ouïr offrent ainsi aux textes de la Reine des Kékés un écrin musical totalement nouveau, entre délicatesse, fougue et élégance.

Amiens- Nov. 2017


Agenda Culturel - 2017

Concert O Brigitte - Les Musiques A Ouïr à Les Sables d'Olonne

 Quel meilleur terrain de jeu que celui du répertoire de Brigitte Fontaine pour Denis Charolles et les Musiques à Ouïr et leur goût pour la relecture ? Avec toute l'inventivité et le génie qui les caractérisent, ces aventuriers revisitent avec fougue et délicatesse son répertoire. En bonne compagnie, celle de Loïc Lantoine, Elise Caron et Orianne Lacaille au chant, autour d'une orchestration originale, la place est faite aux mots et à la poésie de cette grande prêtresse de la chanson


Art SiX miX - 2017

L’Enfant et les Sortilèges : Un voyage musical et imaginaire au cœur de l’enfance et la nature.

L’Enfant et les Sortilèges : Un voyage musical et imaginaire au cœur de l’enfance et la nature.

Fantaisie lyrique en deux parties composée par Maurice Ravel entre 1919 et 1925, l’Enfant et les Sortilèges doit son livret à Colette dont l’écrit était initialement intitulé « Ballet pour ma fille ».

Rédigé par: Jean Marc Lebeaupin  19/01/2017 

 

 L’Enfant et les Sortilèges, un « Voyage » imaginaire des Musiques à Ouïr, au coeur de l’enfance et de la nature autour de l’oeuvre de Maurice Ravel et de Colette.

Fantaisie lyrique en deux parties composée par Maurice Ravel entre 1919 et 1925, l’Enfant et les Sortilèges doit son livret à Colette dont l’écrit était initialement intitulé « Ballet pour ma fille ». Ravel et Colette s’étaient rencontrés une première fois en 1900, dans le salon musical de Marguerite de Saint-Marceaux, fréquenté également par Claude Debussy et Gabriel Fauré. Ce premier contact avait été des plus distants…Ravel avait été intimidé et Colette lui avait reproché « un air distant et un ton sec». Les deux artistes ne se rencontrèrent que quinze ans plus tard lorsque Colette fut sollicitée par Jacques Rouché, directeur de  l’Opéra de Paris, pour écrire un livret de ballet-féerie. L’écrivaine rédigea alors en une semaine un court poème en prose qu’elle intitula Ballet pour ma fille.

Colette fut ravie que Ravel en accepta le livret car elle éprouvait pour sa musique un « attachement auquel le léger malaise de la surprise, l’attrait sensuel et malicieux d’un art neuf ajoutaient des charmes ». Mais Ravel partit peu après à Verdun, sur le front. La mort de sa mère l’année suivante le fit sombrer dans un profond chagrin au cœur duquel il composa le Tombeau de Couperin, puis se mura dans l’isolement pour ne sortir de son silence qu’en 1919. Il se mit alors au travail et acheva cette fantaisie lyrique. L’œuvre est écrite pour un orchestre normal auquel on a ajouté une flûte à coulisse, des crotales, un fouet, une crécelle, une râpe à fromage, des wood-blocks, un éoliphone (imitation du vent), et un luthéal.

L’Enfant et les Sortilèges se passe à la campagne dans une vieille maison. Un petit garçon de sept ans se fait disputer par sa mère car il ne fait pas ses devoirs. Alors qu’elle le puni, il rentre dans une colère noire : il jette la tasse chinoise et la théière, martyrise l’écureuil dans sa cage, tire la queue du chat, attise la braise avec un tisonnier, renverse la bouilloire, déchire son livre, arrache le papier peint, démolit la vieille horloge… « Je suis libre, libre, méchant et libre !… »

Épuisé, il se laisse tomber dans le vieux fauteuil… A ce moment-là, le vieux fauteuil recule…C’est ainsi que débute le jeu fantastique. Objets et animaux s’animent, parlent, crient vengeance et menacent l’enfant pétrifié qui appelle sa maman au secours ! Or, toutes les créatures se jettent sur lui pour le punir. Mais avant de s’évanouir, il soigne un petit écureuil blessé dans le tumulte. Ce geste entrainera les créatures à lui pardonner. L’œuvre se termine par les deux syllabes chantées par l’enfant : « maman ».

L’Enfant et les Sortilèges a été l’occasion pour Ravel de faire preuve de son génie artistique et orchestral en organisant tout une succession de tableaux indépendants mêlant une multitude de genres musicaux, du jazz au foxtrot en passant par un ragtime, une polka, un duo miaulé, une valse et, en conclusion, un choral sacré. La mise en scène que nous propose Jeanne Debost, secondée pour la conception artistique par Denis Charolles, a pour résultat une orchestration des plus originales à la mode d’aujourd’hui mais tout en respectant la partition chantée. Les univers sonores des instruments et des deux chanteuses lyriques se conjuguent pour donner une instrumentation d’une grande richesse. Plus proche des actuelles comédies musicales que d’un opéra, L’Enfant et les Sortilèges est une œuvre sans équivalent dont le succès, aussi bien auprès des enfants que des adultes ne s’est jamais démenti avec le temps.


Citizen Jazz - 2016

PING PANG QUARTET À JAZZÈBRE, UN JOYEUX BAZAR

PING PANG QUARTET À JAZZÈBRE, UN JOYEUX BAZAR                

Dimanche 16 octobre autour de midi, à la Casa Musicale de Perpignan, la météo grise mais clémente a permis à l’événement de se produire en extérieur. De longues tablées convergeant vers la scène étaient autant d’invitations à un pique-nique musical, qui était sur le point de surprendre tout le monde.

C’est la « Fanfare du Festival » qui ouvrait le bal. Une cinquantaine de musiciens amateurs prend place sous la baguette affûtée du tubiste Daniel Malavergne. Après quelques morceaux plutôt classiques pour un répertoire de fanfare, l’exercice se corse et gagne en audace, avec des épisodes comme cet arrangement délicat de « Libertango » d’Astor Piazzola. Suit un morceau assez ambiant, porté par un bourdon à cinq sousaphones et tubas multiples, et laissant beaucoup d’espace à une saxophoniste soliste habitée. La qualité de la direction de Malavergne est mise en lumière ; il utilise les pupitres avec parcimonie et les mobilise rarement tous à la fois. Par ce jeu entre autres, et par son oreille qu’on sent au creux de chaque pavillon, il parvient à obtenir les belles nuances qui manquent souvent à de si grosses fanfares.

Le set se termine sur une version de « Hasta Siempre » de Carlos Puebla, où le patron prendra un solo en inondant la place d’un son surpuissant. Il joue d’un Cuivre, avec un C majuscule : de la famille des tubas, dans la tessiture du trombone, et qui se tient comme une trompette. Supposons qu’il s’agit d’un flugabone ou d’un mellophone, la terminologie des instruments à vent ayant son lot de mystères.

Quelques bouchées de quiche plus tard, le Ping Pang Quartet monte sur scène. Denis Charolles à la batterie, créateur de l’illustre Campagnie des Musiques à Ouïr dont fait partie ce groupe, souhaite à son auditoire un bon voyage avant d’attaquer. Ce n’est qu’une heure plus tard qu’on comprendra à quel point ce Monsieur sait peser ses mots !

Dès le premier morceau, le quartet explose d’électricité, les thèmes sont déjantés, truffés de mises en place rythmiques où tous se retrouvent. Chacun danse derrière son instrument, pour ne pas dire qu’il convulse. Des mélodies majeures et guillerettes, tantôt bretonnantes, tantôt calypsonnantes, toujours étonnantes. Et la dérision est partout. Denis Charolles est comme un clown dopé qui crible sa musique de piment, embarquant sans mal Julien Eil et ses clarinettes, flûte ou saxophones avec lui. A l’accordéon, Christophe Girard accompagne certains thèmes en enchaînant des clusters (ces accords si serrés que la tension en devient palpable), pendant que Thibault Cellier place sa contrebasse sur tous les coups fourrés de Charolles.

 Les montagnes russes dessinées par les conteurs se transforment à chaque mesure, renversant le tempo, inversant le volume, traversant l’harmonie. L’excentricité va crescendo et se goûte au fur et à mesure, pour être franchement jubilatoire en quelques dizaines de minutes. A la fin de plusieurs titres, les musiciens éclatent de rire comme s’ils venaient de faire une bêtise dont ils sont fiers.

Enfin, Denis Charolles se met à chanter. Le public est pendu à ses lèvres, mort de rire. Non seulement il chante bien, mais les textes sont un bel équilibre de simplicité, d’hilarité et de poésie. Ses rôles s’enchaînent, du psychopathe obsessionnel (une sombre histoire de nécessaire à chaussures qu’il vous racontera), à l’amoureux transi infortuné, ordinaire et magnifique. Le Ping Pang navigue ainsi du hard rock à la ballade, mais à la ballade si furieuse qu’elle n’en a pas l’allure. Ou une ballade à vive allure, en somme.

 Arrive le moment où l’on fusionne. Daniel Malavergne est appelé à la rescousse avec son cuivre (quel que soit le nom de celui-ci), et l’excitation grimpe encore dans cette bande originale de film d’espionnage. « Bravo, viva Jazzèbre ! », les musiciens s’éclatent sur scène et ont l’art de le transmettre. On se sent entre copains, et ce n’est que le début. Morceau suivant, et l’on entend la fanfare au loin derrière le public, hurlante et fébrile, se rapprocher lentement de la scène. Le tandem fanfare – quartet prend aussitôt, les ingrédients se mélangent sans le moindre mal, et l’audience suit. Cela respire le partage, la bonne humeur ; on passe un moment ensemble, simple et génial.La journée continue, le quartet descend de scène pour se mêler à la fanfare, un paso doble par-ci, un chant espagnol par-là. Charolles parle au public comme s’il connaissait chacun et chacune depuis des lustres, à la bonne franquette. Magie du moment ; les nuages se dissipent et le soleil pointe enfin son museau. Le concert augmente de plusieurs degrés, c’est l’été, et on dirait qu’on le doit à la fanfare.

 Pour finir, le quartet remonte sur scène ; quelques fanfarons ont l’audace de les suivre, d’autres jouent d’en-bas, d’autres vont boire un coup au bar. Le joyeux bordel qu’on attend d’une fanfare.Un dernier rappel avant de partir, et Denis Charolles promet « cette fois-ci une vraie valse ». Beaucoup de danseurs se laissent berner par le facétieux, et tentent bien vainement de danser une valse sur un morceau qui commence à quatre temps et finit à sept…

La réjouissante musique du Ping Pang n’est pas qu’à ouïr, elle est à mirer !

Par Samuel Vène // Publié le 11 décembre 2016


CultureboX - 2016

Brigitte Fontaine et Les Musiques à Ouïr à St Quentin en Yvelines

(Re)découvrez le répertoire céleste et sophistiqué de l'autoproclamée "Reine des kékés".

Avec la compagnie rouennaise Les Musiques à Ouïr, Brigitte Fontaine revisite son répertoire fou. Un spectacle qui rassemble avec fougue ses plus grands succès, et met en exergue les influences musicales de la chanteuse, du free jazz aux rythmes orientaux en passant par la nouvelle vague new-yorkaise

"Comme à la radio !", "Cet enfant que je t'avais fait", "La symphonie pastorale" ou encore "Ah que la vie est belle"... Autant de titres qui ont rendu célèbre Brigitte Fontaine et auxquels la chanteuse, également écrivain, redonne au Grand théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines un souffle nouveau avec la joyeuse troupe des Musiques à Ouïr.

Les musiciens touche-à-tout de cette compagnie de Rouen revisitent ici le répertoire foisonnant de la "reine des kékés" dans une orchestration originale empruntant autant à la musique orientale qu'au jazz. L'occasion de redécouvrir les succès de Brigitte Fontaine, qui depuis toujours s'est amusée avec les codes de la langue et de la littérature françaises, pour créer sa propre forme de poésie, doucement absurde, délicate et insolente. 


Tendance Ouest - 2016

Les Musiques àOuïr testent l'Oulipo

 

- 21 MARS 2016 - PAR E.L

LOISIRS

Le groupe des Musiques à Ouïr crée des musiques à la fois populaires et

savantes: des formules toujours originales. © L.Meyer

Les Musiques àOuïr testent l'Oulipo au Trianon à Sotteville-lès-Rouen

Le groupe de musique expérimentale, actif depuis 20 ans à Rouen, tenteun

e nouvelle expérience sonore en appliquant les principes de la littérature oulipienne à la musique."

Avec pour membres Raymond Queneau ou encore Georges Perec, ce

mouvement s'imposait des contraintes d'écriture qui devenaient ensuite un jeu, explique Denis Charolles, le batteur du trio.

Or les lipogrammes ou palindromes sont des formes que l'on peut facilement décliner en

musique." Après avoir passé commande de textes à Agathe Boutin ou Dominique Bonafini de Rouen et à deux auteurs québécois, Denis le batteur, Julien le clarinettiste, flutiste et saxophoniste et Thibaut à la

contrebasse, les mettent en musique. " Même si Bach lui-même s'imposait nombre de contraintes, c'est le jazz qui répond le mieux à ces jeux de forme. "

Pratique.

Mardi 22 mars à 20h30. Le Trianon, Sotteville-lès-Rouen


PRESSE OCEAN - 2013

Ce soir « Ô Brigitte ! » ouvre la saison La Bouche d’Air et Pannonica

PRESSE OCEAN.FR -  2013

Ce soir « Ô Brigitte ! » ouvre la saison La Bouche d’Air et Pannonica

Quel meilleur terrain de jeu que celui du répertoire de Brigitte Fontaine pour Denis Charolles et les Musiques à Ouïr et leur goût pour la relecture ? Avec toute l'inventivité et le génie qui les caractérisent, ces aventuriers revisitent avec fougue et délicatesse un univers foisonnant, enclin au métissage, à l'écriture aussi classique que baroque. En bonne Campagnie, celle de Loïc Lantoine et Orianne Lacaille au chant, autour d'une orchestration originale, place est faite aux mots et à la poésie de cette grande prêtresse de la chanson, au gré de titres aussi inoubliables que « ah que la vie est belle », « je suis conne », « cet enfant que je t'avais fait » ou « la symphonie pastorale ». Un must qui ouvre la saison de la Bouche d’Air et du Pannonica à Nantes.

 

 

La TERRASSE

Ô BRIGITTE !

LA TERRASSE,  août 2016 -
 
O BRIGITTE

Fidèle à leurs doux délires, la bande de ces autres allumés du jazz revient sur les visions illuminées de Brigitte Fontaine. Tout un programme… Ô Brigitte !

Yvette Horner et Billie Holiday, Loïc Lantoine et Léo Ferré, les Clash et Zizi Jeanmaire… Les Musiques à Ouïr ont de longue date pratiqué l’art du sound-clash qui a tout de l’électrochoc dadaïste. Histoire sans doute de bousculer le jazz confortablement installé sur ses bons vieux principes pépères. En la manière, la joyeuse bande de godelureaux s’est tout particulièrement entichée de Brigitte Fontaine, grande dame de la chanson made in France, tendance dézinguée. Cette fois, ils revisitent le répertoire de « la reine des kékés », de Comme à la radio ! à Cet enfant que je t’avais fait, sans omettre ni La Symphonie pastorale et Ah que la vie est belle. Résultat : un fabuleux festin de musiques à partager en toute convivialité…              

 Jacques Denis


L'Est Républicain 04.02.2016

Un opéra moderne pour petits et grands...


Le Monde.fr -  09.12.2015

Brigitte Fontaine, perfectionniste qui se fiche de tout

Elle fait une entrée d'arène, une entrée de Reine, une entrée de souveraine. Fermons le ban ! Pas besoin. Pourquoi ? Parce que, Elle, Brigitte Fontaine, elle sait mieux que tous, ce qu'elle fait et elle le fait en majesté. Cocasse, moqueuse, sincère, contrôlant l'incontrôlable : « Je vous admire... » Bien sûr, bien sûr, nous, on est eus. Somptueuse robe blanche, ailes noires dans le dos qu'elle change en éventail, en ombrelle aux dentelles noire, avec gapette de cuir, ou coiffure médiévale, allezsavoir, vue de si loin, dans une foule debout, énamourée, canaille, pinte en main, on peut se gourer. Faudra pas qu'elle se plaigne. 

Elle, c'est Brigitte Fontaine au Centre musical Barbara à Barbès, Fleury Goutte d'Or, Paris18 ème. Ni médiatiquement sur-annoncée, ni si facile à trouver, mais à quoi bon ? Le Centre est archi-plein (blindé, comme ils disent), le bar attenant avec écran approximatif, sur-occupé. Moyenne d'âge à peine plus élevée que celle des antiques fidèles, quand elle jouait ou chantait, si libre, si belle, à la Grande Séverine (pièce de Boris Vian, 1963), à Bobino en première partie de Brassens, juste avant Barbara (1964, quelle histoire !), ou dans l'incroyable Maman j'ai peur, avec Higelin et Rufus, à la Vieille Grille.

ARTISTE, MUSICIENNE, POÈTE... 

Puis ou en même temps, au Vieux Colombier avec l'Art Ensemble of Chicago en 1969 (Comme à la radio, superbe récitatif chanté, juste avant Monsieur le chef de gare de la Tour de Carol). Toujours promue par le Pop Club de José Artur et les félicitations de l'Académie Charles Cros. Ce qui ne l'empêche en rien derester, Elle, avec Higelin ou, très vite, avec son compagnon Areski Belkacem, phare underground du label Saravah, libre jusqu'au bout plutôt qu'insolente, inattendue ou folle. 

Belle, elle l'est restée, avec des titres insensés, et des jeunes fans, déçus entre deux bières, qu'elle ne resuce pas à l'infini son trésor de l'instant, Comme à la radio : « Elle n'assume pas... ». On a beauexpliquer. Elle est artiste, musicienne, poète. C'est si difficile de ne pas céder au passéisme des jeunes... Difficile ou pas, elle ne cherche en rien à gratter le passé. Il est dans son avenir, ses poésies et seslivres dont elle improvise des paragraphes en scène. Semblant se ficher de tout comme du reste alors qu'elle est une perfectionniste de l'imparfait : « Moi, je fais tout avec une certaine imperfection, ce qui me permet... » 

Tout est dit. Elle se permet. Elle se permet tout et le reste, fait rire, avec grimaces et déraillements voulus : « J'ai le plaisir de vous présenter... » – rires persillés d'ovations et de lazzi! – « ... le spectacle le plus pourri du monde... » Ovation et rires. Tu parles ! C'est un drame musical instantané, loufoque, génial, grave. 

DEUX VOIX VENUES D'ON NE SAIT OÙ 

Elle s'entoure d'un groupe au millipoil, Les Musiques à Ouïr. Ils sentent les chansons, les accidents et les drôleries comme s'ils les avaient pondues demain. Lors même qu'ils l'accompagnent, mais alors, jusqu'au bout. Direction, Denis Charolles, percu tout azimut, debout un instant sur son siège pour hurlerLa Viande, soutenu par la harpe d'Aurélie Saraf et la voix de la Reine qui le pousse à pousser, phénomène... 

Vous voulez de l'émotion au cordeau ? Brigitte Fontaine chante simplement accompagnée par l'un ou l'autre, Julien Eil et Alexandre Authelain (anches, baryton aux graves impérieux, ténor ici free, clarinettes et synthétiseurs). Les repères, ce sont Claude Delrieu (accordéon magique) et Aurélie Saraf, présente sur toutes les pièces ou propulsée en duo avec Elle. Et puis, chez ces gens-là, Monsieur, il y a deux voix venues d'on ne sait où : Loïc Lantoine et son corps finement détraqué ; Oriane Lacaille, dont la taille s'augmente d'un enfant à naître bientôt. 

Elle, elle reste assise, attentive comme le sont les enfants, doublant au micro telle phrase comme d'un souvenir qui reviendrait, les remerciant avec des airs de Reine récompensée. Oriane ose chanter devant elle J'ai vingt-six ans (voilà pour les juvéniles nostalgiques grognons), en duo parfait avec Julien Eil (clarinette basse). Recréation bouleversante qu'elle termine en lui assénant à elle, Brigitte Fontaine, en scène, Voilà, tu sais tout.

LA REINE DES NUITS TORDUES 

Musiques à Ouïr de près, instrumentaire à tout faire, ce sont des airs de foire, de complainte, de rage ou de festnoz. Areski entre en scène, guitare en bandoulière. La fête, le drame, le théâtre, tout exulte. La précieuse Reine des nuits tordues entonne : « J'exhibai ma carte senior / Sous les yeux goguenards des porcs / Qui partirent d'un rire obscène / Vers ma silhouette de sirène ». 

Refrain repris en chœur par la salle : « Je suis vieille et je vous encule / Avec mon look de libellule / Je suis vieille et je vais crever / Un petit détail oublié / Passez votre chemin bâtard / Et filez au wagon bar / Je fumerai ma cigarette / Tranquillement dans les toilettes » Bigre. Apollinaire allé avec Elle. C'est son hymne, sa devise, Prohibition. Impertinente ? Subversive ? Ben non : libre. Pas simplement libre, très libre.  

Par Francis Marmande