Presse

Si ça vous chante- 2014

Ô Brigitte

Avec le groupe Musiques à ouïr dans un spectacle concept autour du répertoire de… Brigitte Fontaine : des chansons déjantées, un groupe qui ne craint pas d’aller encore plus loin, cela peut surprendre. Pour ma part, j’ai adoré ! Mené par le « percuteur »-arrangeur Denis Charolles, Musiques à ouïr (les Étrangers familiers qui revisitent avec Éric Lareine, les chansons de Brassens) c’est aujourd’hui un collectif de cinq musiciens multi-instrumentistes de haut vol (harpe, cuivres, batterie, claviers et cordes), dont trois au chant en complément de ou en alternance avec Oriane Lacaille (la fille de René, oui) et… Loïc Lantoine.


Cela commence de façon très classique avec Cet enfant que je t’avais fait  (Higelin-Fontaine), sur les notes cristallines de la harpiste, et puis ça dérape dans la provocation et l’humour absurde. Quelle jubilation ! Pensez : Conne, Le Nougat, Brigitte, La Symphonie pastorale, La Viande, Kékéland… avec un sommet himalayesque au centre du motif :

 un dialogue joué-chanté entre Areski et Fontaine, autrement dit Aurélie (la harpiste) et Loïc (car lui fait la fille et elle le garçon…). L’Incendie ! Un morceau d’anthologie, entre impassibilité (la description quasi-scientifique de la catastrophe en cours) et inquiétude (avec un Loïc Lantoine grandiose, masquant ses craintes au départ, l’air détaché, pour finir totalement frénétique) devant le désastre grandissant jusqu’à la chute finale de l’immeuble en flammes, après une explosion de gaz. Dix bonnes minutes de fou rire irrésistible, la salle écroulée, hurlant et pleurant de rire, n’en pouvant plus devant les mimiques et la gestuelle de Lantoine, dansant sur lui-même comme un Leprest mâtiné du meilleur Bourvil. Cocktail détonant ! Colossal. Grand moment. 

Pour Loïc Lantoine, ce spectacle n’est pourtant qu’« une parenthèse, en forme de récréation ». Alors ne le manquez pas s’il vient à passer près de chez vous et que « la » Fontaine revue et corrigée vous incite à l’ouïr plutôt qu’à la fuir. Mais souvenez-vous, de toute façon, que Loïc Lantoine, le spécialiste de « la chanson non chantée » (voir « Alors... chante ! 2 » vers la fin du sujet), est l’un de nos meilleurs auteurs francophones. Et quelle présence ! Quel charisme ! Quand Lantoine paraît, le public, aux anges, est captivé. 


Jazzaround 2015

Charolles/Nicols/Chevallier, Live At Kesselhaus, Berlin

Charolles/Nicols/ChevallierLive At Kesselhaus, Berlin.


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« Magique », oui mais pas comme dans un conte de fée. « Magique », oui mais pas comme un lapin sorti d’un chapeau. Non, « Magique » plutôt comme un moment où, un peu circonspect devant la ligne de musiciens proposés, on se laisse aller dans un univers totalement inattendu,  mais tellement beau.  Je dois dire que j’avais frissonné à l’écoute en direct de « I’ve Been Loving  You Too Long » d’Otis Redding – souvenir de jeunesse – et bien ça m’a repris en pointant ( en premier lieu, je l’avoue) la plage 7 sur le lecteur. Puis, pour gommer le  souvenir de la version de Stevie l’été dernier, je suis passé à la plage 11 : transfigurer,  transcender des thèmes bien connus comme « Superstition »,  ce moment de beauté et de destruction à la fois, est tout bonnement génial ! Et l’accompagnement de David Chevallier au banjo sur « Times They Are A Changing », c’est du grand art; heureusement qu’on a des musiciens comme ceux-là pour revisiter Dylan ! « Phylistins » de Brassens est traité tout en douceur, superposant  les voix de Denis Charolles et Maggie Nicols. « Systol » mené par Charolles, donne une belle improvisation parlée de Maggie Nicols, après « From C to C », belle composition du guitariste où le batteur joue des motifs sonores au trombone.  Cela sonne  comme « La Campagnie des Musiques à Ouïr », de Monniot, Charolles and Cie, mais en petite formation, il y a à la fois du burlesque, du surréaliste ( et on a en Belgique quelques groupes qui s’y connaissent dans le genre !) dans cette formation… Bon, je m’emporte un peu, là ! Mais j’ai tellement espéré réentendre ce moment « Magique », que maintenant qu’il est là, tournant sous le couvercle – je ne peux m’empêcher de partager mon bonheur ! Ce « Magique » Live At Kesselhaus, Berlin est disponible via Les Allumés du Jazz.

Jean-Pierre Goffin

Jean-Pierre Goffin


PRESSE OCEAN - 2013

Ce soir « Ô Brigitte ! » ouvre la saison La Bouche d’Air et Pannonica

PRESSE OCEAN.FR -  2013

Ce soir « Ô Brigitte ! » ouvre la saison La Bouche d’Air et Pannonica

Quel meilleur terrain de jeu que celui du répertoire de Brigitte Fontaine pour Denis Charolles et les Musiques à Ouïr et leur goût pour la relecture ? Avec toute l'inventivité et le génie qui les caractérisent, ces aventuriers revisitent avec fougue et délicatesse un univers foisonnant, enclin au métissage, à l'écriture aussi classique que baroque. En bonne Campagnie, celle de Loïc Lantoine et Orianne Lacaille au chant, autour d'une orchestration originale, place est faite aux mots et à la poésie de cette grande prêtresse de la chanson, au gré de titres aussi inoubliables que « ah que la vie est belle », « je suis conne », « cet enfant que je t'avais fait » ou « la symphonie pastorale ». Un must qui ouvre la saison de la Bouche d’Air et du Pannonica à Nantes.

 

 

La TERRASSE

Ô BRIGITTE !

LA TERRASSE,  août 2016 -
 
O BRIGITTE

Fidèle à leurs doux délires, la bande de ces autres allumés du jazz revient sur les visions illuminées de Brigitte Fontaine. Tout un programme… Ô Brigitte !

Yvette Horner et Billie Holiday, Loïc Lantoine et Léo Ferré, les Clash et Zizi Jeanmaire… Les Musiques à Ouïr ont de longue date pratiqué l’art du sound-clash qui a tout de l’électrochoc dadaïste. Histoire sans doute de bousculer le jazz confortablement installé sur ses bons vieux principes pépères. En la manière, la joyeuse bande de godelureaux s’est tout particulièrement entichée de Brigitte Fontaine, grande dame de la chanson made in France, tendance dézinguée. Cette fois, ils revisitent le répertoire de « la reine des kékés », de Comme à la radio ! à Cet enfant que je t’avais fait, sans omettre ni La Symphonie pastorale et Ah que la vie est belle. Résultat : un fabuleux festin de musiques à partager en toute convivialité…              

 Jacques Denis


L'Est Républicain 04.02.2016

Un opéra moderne pour petits et grands...


Le Monde.fr -  09.12.2015

Brigitte Fontaine, perfectionniste qui se fiche de tout

Elle fait une entrée d'arène, une entrée de Reine, une entrée de souveraine. Fermons le ban ! Pas besoin. Pourquoi ? Parce que, Elle, Brigitte Fontaine, elle sait mieux que tous, ce qu'elle fait et elle le fait en majesté. Cocasse, moqueuse, sincère, contrôlant l'incontrôlable : « Je vous admire... » Bien sûr, bien sûr, nous, on est eus. Somptueuse robe blanche, ailes noires dans le dos qu'elle change en éventail, en ombrelle aux dentelles noire, avec gapette de cuir, ou coiffure médiévale, allezsavoir, vue de si loin, dans une foule debout, énamourée, canaille, pinte en main, on peut se gourer. Faudra pas qu'elle se plaigne. 

Elle, c'est Brigitte Fontaine au Centre musical Barbara à Barbès, Fleury Goutte d'Or, Paris18 ème. Ni médiatiquement sur-annoncée, ni si facile à trouver, mais à quoi bon ? Le Centre est archi-plein (blindé, comme ils disent), le bar attenant avec écran approximatif, sur-occupé. Moyenne d'âge à peine plus élevée que celle des antiques fidèles, quand elle jouait ou chantait, si libre, si belle, à la Grande Séverine (pièce de Boris Vian, 1963), à Bobino en première partie de Brassens, juste avant Barbara (1964, quelle histoire !), ou dans l'incroyable Maman j'ai peur, avec Higelin et Rufus, à la Vieille Grille.

ARTISTE, MUSICIENNE, POÈTE... 

Puis ou en même temps, au Vieux Colombier avec l'Art Ensemble of Chicago en 1969 (Comme à la radio, superbe récitatif chanté, juste avant Monsieur le chef de gare de la Tour de Carol). Toujours promue par le Pop Club de José Artur et les félicitations de l'Académie Charles Cros. Ce qui ne l'empêche en rien derester, Elle, avec Higelin ou, très vite, avec son compagnon Areski Belkacem, phare underground du label Saravah, libre jusqu'au bout plutôt qu'insolente, inattendue ou folle. 

Belle, elle l'est restée, avec des titres insensés, et des jeunes fans, déçus entre deux bières, qu'elle ne resuce pas à l'infini son trésor de l'instant, Comme à la radio : « Elle n'assume pas... ». On a beauexpliquer. Elle est artiste, musicienne, poète. C'est si difficile de ne pas céder au passéisme des jeunes... Difficile ou pas, elle ne cherche en rien à gratter le passé. Il est dans son avenir, ses poésies et seslivres dont elle improvise des paragraphes en scène. Semblant se ficher de tout comme du reste alors qu'elle est une perfectionniste de l'imparfait : « Moi, je fais tout avec une certaine imperfection, ce qui me permet... » 

Tout est dit. Elle se permet. Elle se permet tout et le reste, fait rire, avec grimaces et déraillements voulus : « J'ai le plaisir de vous présenter... » – rires persillés d'ovations et de lazzi! – « ... le spectacle le plus pourri du monde... » Ovation et rires. Tu parles ! C'est un drame musical instantané, loufoque, génial, grave. 

DEUX VOIX VENUES D'ON NE SAIT OÙ 

Elle s'entoure d'un groupe au millipoil, Les Musiques à Ouïr. Ils sentent les chansons, les accidents et les drôleries comme s'ils les avaient pondues demain. Lors même qu'ils l'accompagnent, mais alors, jusqu'au bout. Direction, Denis Charolles, percu tout azimut, debout un instant sur son siège pour hurlerLa Viande, soutenu par la harpe d'Aurélie Saraf et la voix de la Reine qui le pousse à pousser, phénomène... 

Vous voulez de l'émotion au cordeau ? Brigitte Fontaine chante simplement accompagnée par l'un ou l'autre, Julien Eil et Alexandre Authelain (anches, baryton aux graves impérieux, ténor ici free, clarinettes et synthétiseurs). Les repères, ce sont Claude Delrieu (accordéon magique) et Aurélie Saraf, présente sur toutes les pièces ou propulsée en duo avec Elle. Et puis, chez ces gens-là, Monsieur, il y a deux voix venues d'on ne sait où : Loïc Lantoine et son corps finement détraqué ; Oriane Lacaille, dont la taille s'augmente d'un enfant à naître bientôt. 

Elle, elle reste assise, attentive comme le sont les enfants, doublant au micro telle phrase comme d'un souvenir qui reviendrait, les remerciant avec des airs de Reine récompensée. Oriane ose chanter devant elle J'ai vingt-six ans (voilà pour les juvéniles nostalgiques grognons), en duo parfait avec Julien Eil (clarinette basse). Recréation bouleversante qu'elle termine en lui assénant à elle, Brigitte Fontaine, en scène, Voilà, tu sais tout.

LA REINE DES NUITS TORDUES 

Musiques à Ouïr de près, instrumentaire à tout faire, ce sont des airs de foire, de complainte, de rage ou de festnoz. Areski entre en scène, guitare en bandoulière. La fête, le drame, le théâtre, tout exulte. La précieuse Reine des nuits tordues entonne : « J'exhibai ma carte senior / Sous les yeux goguenards des porcs / Qui partirent d'un rire obscène / Vers ma silhouette de sirène ». 

Refrain repris en chœur par la salle : « Je suis vieille et je vous encule / Avec mon look de libellule / Je suis vieille et je vais crever / Un petit détail oublié / Passez votre chemin bâtard / Et filez au wagon bar / Je fumerai ma cigarette / Tranquillement dans les toilettes » Bigre. Apollinaire allé avec Elle. C'est son hymne, sa devise, Prohibition. Impertinente ? Subversive ? Ben non : libre. Pas simplement libre, très libre.  

Par Francis Marmande


Télérama - 2 dec 2015

Brigitte Fontaine & Les Musiques à ouïr

Voir Fontaine sur scène avancer à pas feutrés, esquisser une danse ou se lancer dans une intervention inattendue, relève d'une expérience sensorielle inoubliable, car on ne sait jamais ce qu'elle nous réserve. La voilà de retour avec ses chansons revisitées cette fois en compagnie de la fine équipe des Musiques à ouïr. L'occasion de l'entendre chanter entre autres avec Loïc Lantoine, qu'on adore.

Marie-Catherine Mardi.


Le Monde -  30.05.2015

Brigitte Fontaine, déesse tutélaire du festival « La voix est libre »

Déesse de la nuit, radicale égérie de «La voix est libre» (festival hors norme, énorme, anormal), Brigitte Fontaine – chamboulement de programme aidant – a donné un récital sans exemple, même dans son propre parcours, sous le chapiteau rouge sang du Cirque électrique (porte des Lilas, Paris 20e). 

C’était le 27 mai, la deuxième soirée du festival organisé jusqu’au 30 mai (date de la soirée de clôture, aux Bouffes du Nord) par Jazz nomades, où l’on prendra le mot de jazz dans sa splendeur impure et alchimique. 

Ecrin flamboyant à la prestation de la diva des rires et des emportements (allusion de serre-tête, lunettes rondes noires, falbalas remarquables, mi-pantalon, mi-robe) : La Campagnie des musiques à ouïr – cornaquée par Denis Charolles, mais tous sont à citer à l’ordre de la nation universelle, notamment ces génies de la voix dans le répertoire de la Dame de la nuit, Oriane Lacaille et Loïc Lantoine. 

Dans son dernier opus, Un vitrail de plus (Archimbaud éditeur, 2015), Brigitte Fontaine décrit ainsi la Reine du Mardi Gras : « Ses anges étaient légers, mais elle voulait souvent mourir. Surtout lorsque des malveillants disaient qu’elle était un génie, ce qui faisait peur à tout le monde et qui était complètement faux. La Reine du Mardi Gras était une conne, un point c’est tout. » 

Francis Marmande.


Jazz Magazine - Jazzman mardi 3 mars 2015

GRANDS FORMATS À La PHILHARMONIE de Paris

A la Philharmonie, le week end Grands Formats touchait à sa fin avec, et nous n’en attendions plus qu’une fantaisie orchestrale et chorégraphiée imaginée à l’intention de toutes les oreilles à partir de 4 ans par Denis Charolles pour ses Musiques à ouïr autour deL’Enfant et les sortilègesde Maurice Ravel, affichant “complet” à l’ancienne salle de la Cité de la musique désormais rebaptisée Philharmonie 2 (pour l’associer, tout en la distinguant, à la nouvelle salle dessinée par Jean Nouvel). La veille, une double affiche également à guichets fermés annonçait Ping Machine de Fred Maurin etLa Fête à Bobbyde Jean-Marie Machado avec son orchestre Danzas et le chanteur André Minvielle. 

 Franck Bergerot 


Jazz Magazine - Jazzman Vendredi, 07 Juin 2014 09:17 | Écrit par Thierry Quénum

JAZZDOR - STRASBOURG/BERLIN, 2° soirée. Berlin, Kesselhaus, Kulturbrauerei

 

 

Actuum : Benjamin Dousteyssier (ts), Louis Laurain (tp), Ronan Courty (b), Julien Loutelier (dm) ; Denis Charolles (dm, tp, tb…), Maggie Nicols (voc), David Chevallier (g) ; Heinz Sauer/Daniel Erdmann « Special Relativity » : Sauer, Erdmann (ts), Johannes Fink (b), Christophe Marguet (dm). 

Pour cette deuxième soirée, on fait dans le jeune en ouverture. Actuum, un quartet ornettien qui a le vent en poupe, démarre la soirée. C’est aussi ornettien que l’instrumentation pouvait permettre de le supposer et on reste aux aguets car ce type de démarquage/copiage a abondamment été effectué au cours des décennies précédentes.  

De fait, on restera sur une impression mitigée. Il y a indéniablement ici un potentiel qui ne demande qu’à être exploité. Chacun des membres du combo est un instrumentiste talentueux. Mais la mayonnaise peine à prendre, sans doute entre autres parce que la fraîcheur du quartet mené par Ornette et Cherry s’est perdue en route. De cette « fraîcheur » — qu’on pourrait attendre de la jeunesse, justement — ne reste guère qu’une réplique appliquée du modèle originel. Une surdose de savoir-faire qui se cherche un but et un objet et qui n’a réussi, en empruntant la voie ornettienne, qu’à s’enfermer dans une impasse dont on espère que ces élèves doués sortiront au plus tôt. 

« Magie » Nicols, le jeu de mots est facile et tentant, mais il est vrai que la grande Maggie (d’Ecosse, et non d’Angleterre, comme elle se plaît à le rappeler) est une sacrée enchanteresse, qu’elle chante, esquisse quelques pas de claquettes ou simplement bouge sur scène. Son association avec Denis Charolles et David Chevallier — deux magiciens itou, à leur manière — débouche sur un des trios les plus étranges et charmeurs qu’on puisse imaginer. D’un scat déjanté mêlé de bruitages acoustiques et électriques de ses comparses à un « Superstition » revisité trash ou un « I’ve been lovinyou too long (to stop now) » poignant, en passant par un parlé-chanté (Schprechgesang, en allemand) poétique et véloce, tous trois nous baladent au fil d’un répertoire improbable où les timbres vocaux et instrumentaux (rappelons que Charolles est un multi-instrumentiste invétéré) les plus inattendus nous sautent aux oreilles au moindre détour du chemin. Rock ? Jazz ? Free ? Soul ?… on s’en fout ! Ca balance, ça part dans tous les (bons) sens ou ça vous noue la gorge, et c’est tout. 

Avec le quartet à deux ténors d’Heinz Sauer et Daniel Erdmann, que complète Johannes Fink et Christophe Marguet, on retrouve un format « ornettien », mais avec une maturité, une distance par rapport au "modèle" et une puissance de feu qui réjouissent d’emblée les oreilles. Pas besoin de crier : « Du gros son ! », il est là dès les premières mesures et se décline en gros son rageur, feutré, épais, subtil, énorme, tendre… Bref en une infinité de variantes au fil des unissons ou des improvisations d’Erdmann et de Sauer — qui, décidément, devrait venir plus souvent en France pour jouer, animer quelques workshops diriger deux ou trois master-classes, au CNSMP par exemple, que sais-je ? — de Fink ou de Marguet. Ces deux-là forment d’ailleurs une paire rythmique phénoménale d’unité dans la pulsation et de beauté dans le son. Deux souffleurs du calibre de Sauer et Erdmann ne peuvent guère qu’être portés par un tel tandem. Entraînés, propulsés à des sommets d’inspiration qui laissent le public sur le flanc, rompu, ravi, hébété, exsangue… (n’ayons pas peur des mots !) 

Thierry Quénum 

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